Editorial
par Carole Demongeot
Il l'aperçoit au loin ; il sait qu'il ne s'enfuira pas, il sait qu'il l'attend ;
que pourrait-il faire sans lui - où pourrait-il aller - comment pourrait-il bouger ?
Il est là. La crinière flottante, le poil brillant, le regard fixe. Le regard triste.
Le regard triste... mais l'a t-il seulement remarqué, lui ?
- non - peu lui importe, puisqu'il dépend de lui.
Il dépend de son humeur ; de son inconstance, de son inconscience.
Et aujourd'hui il veut s'amuser.
Il veut jouer.
Mais lui que veut-il ? Peu lui importe.
L'un s'approche, l'autre ne bouge pas - il sait ce qui l'attend. Si il pouvait fuir...
Il le touche ; il passe sa main dans sa crinière flottante, sur son poil brillant ;
il sait qu'il sera docile, il sait qu'il lui appartient. Entièrement.
Il est assis sur son dos. Il est bien, rien n'a d'importance, surtout pas lui.
Il est bien. Il sent le vent dans ses cheveux, l'air sur son visage, il balance,
il ferme les yeux.
Que lui importe le reste, il joue.
Il joue.
Puis il en a assez. Il descend aussitôt,
caresse sa crinière flottante son poil brillant.
Ses yeux sont toujours fixes, tristes,
et ne le voient pas.
Mais lui non plus, il ne le voit pas ;
Il le trouve beau et noble,
il est juste fier de le maîtriser.
Fier.
Alors il s'éloigne, assouvi,
éteint la lumière et le laisse dans le noir ; son cheval à bascule.
Carole Demongeot - www.cheval-art.com





