Le cheval à bascule
« Benjamin ! Benjamin ! où es-tu ? »
Il entendait de nouveau la voix de sa mère et de quelqu'un d'autre qui l'appelaient. Benjamin haussa les épaules et ricana amusé à l'idée que tout le monde allait se décarcasser pour lui. Ne sachant pas quoi faire au juste, il se mit à donner des coups de pieds dans tout ce qui traînait sur le sol. Brusquement un carton tomba dans un vacarme d'enfer. Parmi d'autres jouets, il vit apparaître le cheval à bascule, en bois peint, que son père lui avait offert le jour de son quatrième anniversaire : « Voici un beau destrier pour mon petit prince », lui avait-il dit avec un grand sourire, « quand tu seras un peu plus grand, j'irai en chercher un vrai et nous l'aimerons ensemble. Dépêche-toi de grandir, mon bonhomme. »...
... Benjamin est un homme maintenant, un homme qui a réussi, comme on dit quand quelqu'un gagne beaucoup d'argent. Son temps est précieux, mais il en consacre encore et toujours à celui qui l'a rendu à la vie. Quand on lui demande ce qu'il peut bien ressentir aux côtés de cet « animal », Benjamin prend un air un peu distant, confus et ne répond pas...
Comment expliquer à quelqu'un qui n'entend pas l'extase d'une symphonie de Brahms, comment décrire à quelqu'un qui ne voit pas la féerie de l'arc-en-ciel ?
C'est toujours auprès de lui qu'il se réfugie quand le monde le déçoit. C'est « cet animal » qui le console et le purifie. C'est lui qui le fait encore rêver. C'est lui la source où il puise sa force. C'est près de lui qu'il trouve la chaleur quand il a froid. C'est en s'imprégnant de son parfum d'herbe et de terre qu'il parvient à sentir l'odeur de ses racines...
Non, ce n'était décidément pas facile à expliquer...
photos © droits réservés





