Avancer en harmonie avec la nature

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Mardi 7 Février 2012
Planète du Cheval au Naturel Magazine n°19

Une certaine idée de l'équitation - Episode II

“Le corps-à-corps pacifique”

par Thierry Curren & Mike Paulin

Ne me prends pas la tête !

Enfin libérés du box où la majorité d'entre eux sont enfermés, les chevaux doivent encore subir de multiples contraintes : on les tire, on les bloque, on les maîtrise... Comment une relation harmonieuse pourrait-elle s'établir ?...
De mauvaises habitudes très répandues chez les cavaliers les conduisent à « maîtriser » la tête de leur monture en toute circonstance. Le cheval s'agite un peu avant le départ, on tire sur le licol ; il se met à manger, on tire sur la longe ; on n'arrive pas à communiquer avec lui, on tire sur les rênes...
Ces automatismes, répandus aussi bien dans les centres équestres qu'en randonnée ou en compétition, n'ont que des effets néfastes. En particulier, lorsqu'on aura vraiment besoin de solliciter sa tête pendant une séance d'équitation, le cheval ne fera pas la différence avec ces secousses répétées qu'on lui inflige au prétexte de le maîtriser.
Un cheval qui bouge, qui mange, qui secoue son encolure, c'est tout à fait normal, et il n'y a aucune raison de le contraindre à l'immobilité, de le soumettre. Il doit garder sa liberté de mouvement. L'anthropomorphisme a ici encore son utilité : lorsqu'on serre la main à quelqu'un, on ne tire pas brutalement sur son bras, et lorsqu'on danse, il n'est pas question de maîtriser l'autre, mais d'évoluer en harmonie. On aura donc tout à gagner en ne prenant pas la tête à sa monture... Ce qui est négatif restera dans sa mémoire !

Qui veut voyager loin... ou même aux alentours, se doit de ménager sa monture ! Le proverbe de Racine est d'autant plus valable que le poids d'un cavalier déséquilibre forcément le cheval. Prenez à la main un poids de 10 à 15 kg, vous comprendrez. Avant de mettre le pied à l'étrier, un moment de corps-à-corps entre cavalier et cheval sera utile : épaule contre épaule, poitrine contre les flancs et le postérieur, hanches contre le ventre, avec des mouvements appuyés sans être brusques. Il faut aller jusqu'à pousser le cheval pour le déséquilibrer volontairement et qu'il retrouve ses appuis. Ces contacts vont le familiariser avec la présence du cavalier, son corps, son poids, sans que s'instaure un rapport de force...

photos © Mike Paulin