La promesse
Le Cheval se remit à hennir, furieusement cette fois. On l'entendait aussi piétiner nerveusement le plancher du van.
Ce fut à ce moment-là qu'elle sut qu'elle devait le faire. Elle se détacha lentement, mais fermement de l'étreinte de l'homme qu'elle aimait. A présent, elle lui était reconnaissante de lui avoir ouvert les yeux. Ses traits s'adoucirent et les larmes mouillèrent enfin ses yeux.
Les montagnes s'érigeaient majestueuses devant eux. Elle crut apercevoir un mouvement sur les hauteurs. Le Cheval hennissait de plus en plus fort.
Elle ouvrit la petite porte de devant et pénétra dans le van, pour se trouver près de la tête de son ami. Elle éclata en sanglots. Le Cheval se tut d'emblée.
Elle le fit sortir et le conduisit vers un sentier à peine visible dans la broussaille. Il pointa les oreilles, regardant fixement un point au loin. Ses naseaux vibraient et ce son doux et rauque qui ressemblait à un ronronnement sortait intermittent de sa gorge. Elle souffrait le martyre : pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, cet appel ne lui était pas destiné.
Elle lui ôta le licol et il jaillit comme un ressort qui a été longtemps comprimé. Elle eut si mal, que la douleur devint physique au point d'en avoir la nausée.
Elle se plia en deux et ferma les yeux. Quand elle les rouvrit - au bout d'un temps qui lui parut très long, le Cheval était toujours là à quelques mètres, frémissant d'excitation, mais immobile. Elle eut envie de rire aux éclats, de sauter de joie, de s'enivrer de son odeur... Elle regarda le Romancier qui restait là feignant l'indifférence. Son exultation s'effaça aussitôt.
Elle DEVAIT s'oublier, elle DEVAIT tenir sa promesse. Elle respira profondément, réunit toutes les forces qui lui restaient, et cria plus fort qu'elle ne le pouvait : « VAAAAS ! »





