Avancer en harmonie avec la nature

English
Vendredi 18 Mai 2012

Jean-Claude Barrey (suite)

Autre paradoxe lorqu'on parle d'espace de travail. J.-C. Barrey prend position contre le « rond de longe » des chuchoteurs. En effet, pour la seconde séance pratique de son stage, l'éthologue propose un travail aux longues rênes dans une grange d'à peine vingt mètres par dix. Mais le lieu est entièrement clos, sombre et poussiéreux...
Pour Barrey, « quand on veut faire fonctionner un cheval, il faut le faire par la structuration de l'espace ». Et cela passe aussi par l'utilisation du fouet de dressage. D'ailleurs, dans son texte Soyons clairs, l'éthologue parle des chuchoteurs comme de « manipulateurs [que nous voyons] à peu près en permanence dans des attitudes de primate chasseur, poursuivant le cheval en agitant un bâton » (...).

Un autre accessoire traditionnel, le mors, fait partie de la panoplie de l'éthologue-cavalier. Pendant la troisième séance pratique de son stage, l'un des chevaux réagit en faisant de grands mouvements d'encolure vers le haut. Est-ce qu'il n'apprécie pas le mors ? « Non, il ne fait qu'amplifier le mouvement que le cavalier a amorcé avec ses mains. C'est de l'isopraxie, c'est-à-dire de l'homologie gestuelle due aux neurones-miroirs du cheval, et ça lui permet de se décontracter. »

Tous ces paradoxes entre théorie et pratique s'expliquent sans doute par le fait que Jean-Claude Barrey est aussi un cavalier adepte de l'équitation la plus classique. Pour lui, « l'équitation française s'est détériorée, l'école de Vienne est meilleure parce qu'elle a conservé la doctrine de La Guérinière6, reprise en Allemagne par Steinbrecht. Ce sont les méthodes de l'école française ancienne, mais elles ont été modernisées à l'époque de Baucher, qui a introduit une nouvelle équitation basée sur des flexions, proche du rolkur actuel (également appelé hyper-flexion), où l'on tortille les chevaux. Ces méthodes canalisent le cheval dans le sens de l'inhibition - comme avec la descente de mains chez Baucher -, ce qui génère des pathologies. » Quand on lui demande s'il est pour la préservation de l'équitation traditionnelle, l'homme répond « oui, mais sous certaines réserves : il faudrait modifier la pédagogie et la façon de faire ».
C'est bien le problème : pour que les préconisations éthologiques de Jean-Claude Barrey fonctionnent, il faudrait être dans un monde parfait où tous les cavaliers utiliseraient la cravache, le mors et les éperons avec précision, avec délicatesse... Et pour que les pratiques s'accordent avec son discours théorique, il ne faudrait pas que les chevaux vivent en box, ni qu'ils soient ferrés. Un monde parfait, mais très utopique...

photo © droits réservés